Haïti : organiser des élections sans réformes, un risque pour la stabilité
Face à la crise multidimensionnelle que traverse Haïti, l’idée d’organiser rapidement des élections continue de susciter des réserves. Pour le sociologue et diplomate Lauture Jacques, une telle initiative, souvent présentée comme une solution, risque surtout de reproduire les failles structurelles du système politique si elle n’est pas précédée de réformes en profondeur.
Selon lui, la Constitution de 1987, issue de la transition démocratique, montre aujourd’hui ses limites. Instabilité chronique, conflits entre institutions et inefficacité administrative en illustrent les dérives. Il s’appuie notamment sur les analyses de Michel-Rolph Trouillot et de Jean Casimir, qui ont mis en évidence le décalage persistant entre l’État et la société haïtienne.
Dans ce contexte, Lauture Jacques plaide pour une réforme constitutionnelle en priorité. Il rappelle à cet égard l’engagement du juriste Monferrier Dorval, qui défendait cette orientation avant son assassinat.
Sur le terrain, la situation sécuritaire complique davantage toute perspective électorale. Les moyens limités des forces de sécurité, combinés à l’attente d’un appui international, jettent une incertitude sur la tenue d’un scrutin crédible.
Si les élections demeurent un pilier de la démocratie, plusieurs voix estiment qu’elles doivent s’inscrire dans un cadre institutionnel rénové et dans un climat sécuritaire minimal. Sans ces conditions, elles pourraient non seulement échouer, mais aussi accentuer la crise.
